Dur dur...encore à l'hôtel.

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Inde - Chennai (Madras)
de Luce, le 02-10-2006

Dur dur...encore à l'hôtel.

J’ai dormi comme une masse, jusqu’à 14h. Au moins, c’est toujours ça de passé… Entre-temps, coups de fil de maman, Raphaël… Pas trop de moustiques. Il faut dire que je mets le paquet sur la protection : moustiquaire, prise électrique, clim, fenêtres fermées. Je me suis réveillée plus détendue, mais toujours très mal, ce n’est que relatif…On peut dire que je me suis sentie un petit peu mieux que la veille. Différence sensible, presque imperceptible mais là, et ça donne du courage.
N’ayant rien mangé depuis des jours, ou presque rien, je suis descendue demander un thé et des gâteaux. J’ai pu en avaler 3, j’ai bu le thé et de l’eau et basta. Ventrou plein. Estomac verrouillé.
J’ai décidé de tenter une sortie. Munie de l’appareil photo, j’ai fait le tour de l’hôtel. Puis je suis sortie de l’enceinte de l’hôtel. J’ai parcouru quelques mètres puis suis rentrée. Trop de bruit, de poussière, odeur âcre, des véhicules de toute sorte partout, autorickshaws partout qui s’arrêtent pour te demander si tu veux monter.. non, non,… Et puis trottoir défoncé, il vaut mieux marcher sur la route…Voitures qui te rasent… Mobylettes déjantées avec une famille entière juchée sur deux sièges minuscules : le petit (2ans) devant, accroché au guidon, le papa puis la maman qui monte les deux jambes d’un côté (je ne retrouve pas le mot, trou de mémoire)…hallucinant. Je m’apprête à tourner dans une rue quand je me retrouve nez à nez avec des chiens errants. Mince, la rage…Je fais demi-tour jusqu’à l’hôtel. C’est déjà bien assez.

Dans l’hôtel, je retrouve mon indienne d’hier, qui me donne de bons conseils quant à la bouffe : elle me conseille de ne pas me forcer à manger épicé, de demander soupe et pain avec du beurre. Elle m’explique que ça ne sert à rien de s’acharner à essayer de tolérer le piquant, que l’habitude se fera seule et lentement : il me faut donc manger un jour sur quatre épicé, jusqu’à pouvoir manger presque tous les jours épicé (au bout d’un mois environ). Ne pas se faire violence, laisser le corps prendre ses marques.
A propos du livre, elle me demande si je l’ai parcouru. Un petit peu, pas beaucoup. Mais je lui dis que je désire le garder. Elle me dit qu’elle me le donne : elle sait parler tamil et anglais, moi non donc il me sera utile… Je lui demande si elle ne veut pas me le vendre, elle est hésitante, ce n’est pas son but premier. Je lui dis toutefois que je tiens à lui donner quelques roupies, elle accepte. Le problème, c’est qu’elle est partie à présent, et je n’ai pas pu la voir pour lui donner un petit quelque chose…Cela m’embête. Elle s’est montrée vraiment gentille avec moi…Que faire ? Lui laisser à la réception ? Je ne connais pas son nom. Et lui fera-t-on parvenir ? Dilemme.

Après cela, une autre indienne m’invite à m’asseoir afin de regarder la télé à ses côtés. Elle change de chaîne pour me mettre une chaîne anglaise. Et me laisse là. Je regarde une petite demi-heure. La chaîne d’informations : à la une, le Ghandhiyiri, la fête d’anniversaire de Gandhi. Moultes processions avec éléphants, statues gigantesques…L’ Orient dans toute sa splendeur. Ici, de l’hôtel, je n’ai rien pu voir en grandeur nature, et je pense que c’est mieux ainsi : la foule, toute cette foule de « devotee » comme ils appellent ici m’aurait effrayée et n’est pas conseillée pour les touristes, surtout femmes seules.. (cf guide LonelyPlanet)
Je retourne à ma chambre. Désinfecte petites plaies que me font les frottements des Birkenstocks. Ici, avec l’humidité et la poussière, tout s’infecte très vite. Là, des petites plaies (raclures de peau) tendent à se transformer en véritables plaies, avec un peu de pus et la croûte peine à se former…
Je reçois des coups de téléphone. Qui me font énormément de bien : Tata gougou, Nana, Laure, Pauline, Maman, Raphaël. Parler me libère, me fait prendre conscience de ma personne. Car ce qui m’apparaît si dur dans la solitude, c’est que le fait de ne pas parler ni échanger avec autrui te fait perdre la conscience de ta propre existence. Je réalise à quel point on vit à travers l’image que nous renvoie autrui….Sans elle, nous ne pouvons apercevoir notre propre image. Je comprends à présent que la solitude puisse mener à la folie.

J’écris à présent. Dans quelques heures, je prendrais le train en direction de Vizag. Un peu d’appréhension tout de même. Un taxi m’amène jusqu’à la « railway station ». Il est écrit dans mon guide qu’un voyageur qui n’a pas pris le train en Inde ne connaît pas l’Inde… Je m’attends donc au pire. Au loufoque, au déjanté. Car ce pays a quelque chose de fou. Comment tout cela peut-il fonctionner ? Je vois la ville..et je regarde la télé, les infos indiennes, le journaliste qui les présente et qui ressemble tellement à Jean Pierre Pernault, les petites journalistes qui sont en reportage à Delhi et qui, toutes fraîchement habillées et coiffées, parlent devant la caméra… et je me demande comment tout cela peut-il fonctionner ?? Tellement de contrastes…tellement de douceur, et en même temps, tellement de violence. Tellement de sourires et de regards froids, durs…

Car le regard des indiens est particulièrement étrange. Il est noir, sombre, presque vide tant il est profond. Des yeux de loirs, qui peuvent effrayer. Un regard fixe, qui sonde. Et qui ne laisse rien paraître. Un regard dans lequel on ne peut pas lire. Et puis ce mouvement de tête qui l’accompagne. De gauche à droite, comme un questionnement permanent, pour adoucir la fixité du regard. La nuance. Les indiens sont des êtres de nuance.

Le bidou gargouille…Je me prépare à aller manger. Il est presque 19h. J’ai hâte d’être à demain, avec ma maître de stage, pour enfin entrer dans le vif de l’action. Des gens. Rencontres. Sortir. Aller de l’avant. Mais, je me dis qu’en quelque sorte, je vais déjà de l’avant. Je suis en Inde, un pays fascinant. Un pays qui va me délivrer de mes peurs. Et m’apporter la force de vivre. En restant seule ici, en plein cœur de Chennai, durant deux jours, il me semble avoir déjà accompli quelque chose…Même si je n’ai pu parcourir que 200m à l’extérieur !! D’ailleurs, les parents de Raphaël et Liloune l’ont dit : ce que je vis actuellement est une épreuve, la plus dure, celle de l’isolement dans une grande ville indienne. Mouchette et Liloune en étaient malades pour moi !..Et il y a de quoi. Elles savent ce que je vis, et peuvent comprendre le malaise qu’une telle situation peut causer…Mais une fois passée l’épreuve de l’isolement viendra celle de l’adaptation à un nouveau rythme, une nouvelle vie que je devrais me construire pendant 5 mois, et celle-ci sera déjà plus facile à affronter…Enfin, j’espère un jour, dans un mois peut-être, me sentir totalement libre..libre de mes démons et de m’épanouir ici, dans ce pays où semble régner la folie…

Mince, suis allée prendre quelques clichés dehors : 2 piqûres de moustiques…aïe aïe aïe.
Trop marrant, un indien qui travaille dans l’hôtel a voulu que je le prenne en photo. Tout sourire il est. J’ai un peu de baume au cœur. Maintenant, à table.



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