Welcome to India... ou le cauchemar.

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Inde - Chennai (Madras)
de Luce, le 01-10-2006

Welcome to India... ou le cauchemar.

Tellement de choses à dire et en même temps, tout semble se résumer à un terrible vide, ou abîme, ou tourbillon.. j’en sais trop rien. Juste grosse boule au creux du bidou, une gorge nouée en permanence et l’envie de compagnie..je comprends maintenant mieux l’élan du voyageur à aller vers l’autre..dès que l’occasion se présente, je saute dessus pour échanger quelques mots, ne serait-ce que pour passer 10 minutes, 1heure..—c’est toujours ça d’avancé dans la journée qui s’étire mollement… même pas 24heures que je suis ici et il me semble que cela fait toute une vie.. coupée du monde, c’est donc ça…moi qui pensais qu’en allant à vicdessos, je me coupais du monde,, j’avais tout faux.. là, c’est le vide, le vrai. Personne de ma connaissance, personne à qui se confier, personne avec qui rigoler un bon coup…

Ici s’achèvent, pour un petit moment, les lamentations pour raconter un peu le périple.
Arrivée à Chennai hier, 4.00pm - voyage ultralong, dans un avion grand mais bondé, coincée entre deux mecs, un blanc, un indien. Plein d’indiens dans l’avion, aisés sûrement, au vu de leurs prestances (qu’ils prennent bien soin d’entretenir par des regards presque hautains). Des jeunes familles, avec des bébés bruyants, qui ont pleuré tout le trajet. Les papas indiens, babas de leurs petits, tout le temps à se lever, à les prendre dans leurs bras. Les indiens m’apparaissent sensibles et civilisés. En effet, je ne savais pas trop à quoi m’attendre…Cependant, c’était sans compter que l’échantillon présent dans l’avion appartenait à la upper-caste…sur place, c’est beaucoup moins fringuant…
Dans l’avion, le mec anglais à côté de moi est super gentil, on tchatche un peu, il s’intéresse à mon stage et pense que je vais adorer. Note positive. Pareil, à Londres, en attendant l’avion, j’avais passé un long moment avec un américain, Ron, qui rentrait, lui, d’un stage en Arabie (plus hard je pense) et qui avait adoré, et qui m’a trop rassurée. On a échangé adresses, c’est fou comme les gens se « lient » vite quand on voyage. On sent un réel intérêt à l’échange. Ca change.

Chennai – descente de l’avion, poste d’immigration. Déjà, c’est pas la même qu’à Londres ou Toulouse… ! Néons qui vacillent, murs douteux, plafond troué. Passage au poste d’immigration. Tout est fait à la main. J’ai du mal à comprendre l’anglais des indiens, ils ont vraiment un accent. Dans la file d’attente, je fais la connaissance d’une ptite nana qui va bosser 2mois dans une école en plein Chennai. On s’échange les adresses, elle compte venir me voir à Pondi. On sort de l’aéroport ensemble. Là, gros dépaysement…Cinquante mille indiens attendent à la porte avec des panneaux, des machins, des taxis. Ils te fixent de leurs yeux noirs noirs (comme des loirs !). Et toi, tu essaies de rester sereine, de paraître sûre et d’avancer sans leur rendre de regard.
Enfin, j’aperçois mon panneau, c’est bon. Taxidriver, malheureusement, qui ne sait pas parler anglais.. (Ici, en Inde du Sud, l’anglais n’est pas la règle) Petite embrouille : personne n’est venu chercher la petite nana, donc première négociation indienne (avec au moins 4 personnes qui s’en mêlent) pour que mon taxi la dépose à son école.
Premier trajet, découverte de la conduite indienne et de la ville…au début, ça m’éclate : ils conduisent comme des fous, pas de cligno, pas de rétro mais klaxon à tout va pour prévenir qu’on arrive…puis, la ville…presque sordide. Pas de petite rue, que de grandes avenues inhumaines, trottoirs inexistants avec des gens qui errent le long de la route, pieds-nus…des mendiants assis, tous les mètres quasiment, qui attendent, là…des bâtiments qui ne ressemblent à rien, des bus qui roulent on-ne-sait-comment, rongés par la rouille…des motos, des vélos,…la misère.

L’hôtel me déçoit beaucoup. Je l’attendais comme une libération, oasis au milieu de tout ce fatras. Je pensais stopper ainsi la panique montante… Mais non. Je dois payer taxi et chambre directement, 4 gros indiens me regardent. Je monte dans la chambre : petite avec murs nus, blancs laiteux, lit au milieu 2 places, un couvre-lit troué, petit bureau, rideau bariolés, salle d’eau spartiate…C’en est trop. Panique éclate. J’appelle Raphaël, pleure, pleure, m’endort tant bien que mal. Envisage de reprendre l’avion. J’essaie de dormir mais le jour se lève déjà, et Chennai est toujours agitée, du bruit…trop de bruit…

Le matin, entre deux coups de fils, je dors un peu. Rien mangé depuis hier. Aucun appétit. L’impression d’étouffer.
Quelqu’un d’Archidev vient me porter mon billet de train, c’est un 1ère classe, ouf. Le mec doit avoir plus de la cinquantaine, il a l’air bien cool, très gentil. J’espère qu’il me propose de rester un peu avec moi pour manger mais que dalle. Reste seule, petite. Je suis en panique et personne ne semble me voir. Bon. Je redors un peu. Téléphone, Raphaël. Je pleure. Je me reprends. Je descends boire un café. Là, je vois un couple, je fonce, je m’assieds avec eux.
Ils sont cools, américains vivant en Thaïlande : ils sont cathos et en mission pour leur communauté. On discute : famille, politique, crise actuelle, puis religion. Ils semblent vraiment très croyants, mais leur discours ne fait pas peur, ce ne sont pas des cathos bon chic bon genre – hypocrites - comme à Francfort. Ils m’écoutent. Sentent que j’ai besoin de parler. M’écoutent vraiment. Me disent les mots que j’ai besoin d’entendre. Comme quoi cette expérience m’est essentielle pour m’assumer plus, pour affronter mes peurs, pour m’accomplir en tant qu’adulte. C’est exactement ça. C’est dur, je ne veux pas de la porte que l’on m’ouvre, mais c’est celle-ci qui m’est ouverte et c’est celle-ci que je dois suivre. Tout ça, l’Inde, c’est vraiment une épreuve. C’est dur, mon Dieu. Bref, ils sont là, juste 1heure mais cela me mets du baume au cœur. Vraiment. Ils me laissent leur mail et téléphone portable, au cas où. Adorables gens…merci.
A ceci s’ajoute la rencontre d’une indienne travaillant dans l’hôtel qui me conseille pour lutter efficacement contre moustiques, et me prête un livre pour apprendre le tamil. Cool. (seulement, je le soupçonne, comme bcp d’indiens ici d’ailleurs, de vouloir faire petit bussiness et de me demander de lui acheter son bouquin demain..à suivre donc).

Enfin, je me douche. Ou plutôt, je trouve le courage de me doucher puisque tout est dur actuellement. Motivation pour rien, même pour lire. C’est affreux… puis je me mets à taper tout ça. Quelques pleurs. Petit coup de téléphone à Raphaël. Puis je me motive pour aller manger…Rien mangé depuis 1jour… Je pensais me trouver quelqu’un avec qui manger, discuter un peu, ou au pire, manger seule mais me régaler. Là encore, fiasco : bouffe mille fois trop épicée, rien pu avaler à part petit peu de riz, soupe à la tomate et nan. Et puis, même pas faim. Sordide.
Je remonte, dépitée, dans ma chambre. Dans laquelle je suis à présent. Et c’est affreux. L’impression d’étouffer encore…Téléphone...

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